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As night seems long in the pain which wakes up | ft. Blake
Ingrid Powell
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• Une dizaine de jours après la prise d'otages •
As night seems long in the pain which wakes up
Julian Blake & Ingrid Powell

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Je sentais une pression au poignet droit. Le genre de gêne que l'on a envie de défaire d'un simple mouvement de bras. Mais même de ce geste, aussi insignifiant soit-il, j'étais bien incapable de le voir aboutir. C'était comme si mes membres ne me répondaient plus. C'était comme si chaque cellule de mon corps s'était liguée contre ma raison pour s'enfoncer un peu plus dans cet état statuaire. Immobile, je me contentais d'ouvrir les yeux.
J'étais entourée de pénombre : je n'eus donc pas à souffrir d'un quelconque aveuglement, ce qui aurait rajouté au désagréable de la scène. Mais quelque chose n'allait pas. Je ne reconnaissais rien, j'étais perdue. Seule dans le noir. Un métronome tintait à côté et un autre encore, beaucoup moins régulier. Mais où avais-je donc atterri ? Je tournais la tête pour voir ces cadrans lumineux, compagnons qui semblaient fidèles à mon chevet. Il y avait des lignes, des pics...des notes ? Derrière ces instruments étranges, la lune qui filtrait côté jardin. Pourquoi jouait-on ce concerto dans les ténèbres ?
De nouveau, cette pression au poignet qui m'avait réveillée. Je baissais le regard, discernant vaguement le cathéter qui se reflétait à la lumière des machines. Absente de toute réaction, je regardais le liquide pourpre rejoindre le chœur de branchements. Puisque j'étais assurément en train de divaguer, je voulais profiter de mon rêve et de l'index, je me mis à battre la mesure. Mais il y avait quelque chose d'étrange à cet index pourtant d'ordinaire si fidèle. On lui avait imposé une charge supplémentaire et une sorte de pince, directement relié au métronome qui orchestrait toute cette mélodie dissonante. Voilà qui entravait grandement ma prise de tempo, mais je devais bien avouer que lutter pour comprendre cette partition qui se jouait devant moi m'épuisait. Aussi j'abandonnais mon orchestre éphémère pour m'enfoncer de nouveau dans un sommeil anesthésique.

Plus tard dans la nuit, une douleur lancinante me sortit de ma torpeur et on accourut à mon chevet lorsque je l'extériorisais d'un cri. Tout me parut alors plus clair alors que l'on gravitait autour de moi. On souleva les draps blancs sur le bandage qui recouvrait tout mon flanc droit, on inspecta, on griffonna, on commenta. Et toujours ces élancements insupportables qui manquaient de faire défaillir à nouveau. Je sentis une main sur mon front et une aiguille passa devant mes yeux. On me dit alors que bientôt je ne sentirais plus rien, que c'était la dose habituelle. Que petit à petit, tout rentrerait dans l'ordre...

Un rayon de soleil dévia jusque sur ma joue. Non, pas maintenant je suis si fatiguée. Du balai.  
Mais on ne commande pas la météo comme on commanderait de quoi se restaurer et je dus bon gré mal gré, ouvrir les yeux. Tout était blanc ici, y compris la blouse de l'homme à côté de moi. Je lui délivrais un regard torve et encore ensommeillé avant de cligner plusieurs fois sous l’excès de lumière.
C'était trop difficile de l'écouter dispenser sa thèse de si bonne heure, mais il avait un beau sourire et une fossette au menton.Alors je fis un effort pour qu'il reste un peu plus en ma compagnie. Je ne compris pas la moitié moins de ce que j'aurai dû mais les grandes lignes m'étaient quand-même acquises : L'opération s'était déroulée sans complications et ils avaient pu extraire la balle qui s'était logée au-devant des côtes. Heureusement, elle n'avait pas éclaté car les ondes du choc et les lésions que cela aurait provoqué auraient pus se révéler fatales. En tout cas, j'allais encore devoir garder l'attirail quelques jours et puisque j'étais encore sous morphine, j'allais pouvoir profiter d'un repos moins chaotique.
J'avais  à la fois mille remontrances et mille questions à lui poser. Mais je ne savais pas où commencer et ma voix, enraillée d'avoir si peu servi ces derniers temps, ne parvint pas à émettre quelque chose de cohérent. Comme une phrase par exemple. Aussi, le docteur conclut en me disait qu'il m'envoyait son interne et tourna les talons. Ce dernier arriva quelques minutes après et me fit boire. Il m'informa que certains étaient venus me voir, une femme brune que j'identifiais comme Victoria et aussi le rude gaillard qui m'avait, assurément, sauvé du gouffre. Nicholls. Puis il posa le journal sur mon chevet pour "me divertir". Journal que je ne pouvais ni lire, ni attraper. Et bien, voilà qui me faisait une belle jambe ! Frustrée, je pris le parti de me reposer encore quelques -longs- instants.

Au loin, j'entendis la porte grincer et j'ouvris à-demi les yeux pour regarder la silhouette qui s'était avancée et qui m'était familière.

• “Je...vous ai connu...plus loquace...” articulais-je en guise de bonjour.“...et mieux apprêté...aussi." Je regardais le pansement qui ornait son arcade et son visage encore tuméfié par endroit. Il n'était pas beau à voir...et cela, je doutais qu'il s'agisse encore d'une hallucination.

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Mer 5 Déc - 2:47
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Julian Blake
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Julian était maussade car il était toujours convalescent. Il était maussade car il n'aimait pas l'hopital. Ni l'odeur, ni l'endroit en lui même.
L'infirmier qui s'occupait de lui était pourtant sympa, Caleb de son petit nom. Il supportait les sautes d'humeur de l'agent et tentait régulièrement de l'aider à positiver. Dans ces moments là, Julian avait des envies de meurtre, mais il ne pouvait pas envoyer chier le seul qui s'occupait de lui.

Sa rééducation se passait bien, il avait retrouvé l'usage de ses jambes bien que tenir debout lui demandait un effort surhumain. Caleb disait de ne pas forcer que c'était normal.
Julian persistait à ronchonner, alors Caleb le sortait en fauteuil roulant, pour qu'il prenne l'air et se sente revivre. C'était efficace la plupart du temps, jusqu'à ce que Julian ne se renferme dans un mutisme durant lequel il s'interrogeait sur ce qui s'était passé.
Il avait réclamé des béquilles, on lui avait répondu qu'avec ses côtes fracturées, c'était compliqué. Alors il avait pris son mal en patience et rongé son frein en se sentant aussi inutile qu'un couteau qui n'avait rien à couper.
Lorsqu'il dormait, il cauchemardait, lorsqu'il était éveillé, il réfléchissait au pourquoi, au comment et à toutes les autres questions qui restaient en suspens au sujet de cette attaque.
Pour être tout à fait honnête, il ne se souvenait plus de tout, mais il savait que beaucoup avaient été gravement blessés. Il savait surtout qu'il n'avait pas été à la hauteur et commençait à s'interroger sur l'utilité de sa présence sur l'île.
Peut-être devait-il rendre ses armes et rentrer à Londres ? Cette possibilité commençait à le hanter.

Il aurait voulu en parler à Laura Masrani, lui dire que c'est ce qu'il comptait faire, mais il n'avait toujours pas osé aller la voir. Il avait peur de ce qu'il lirait dans ses yeux pour ne pas avoir su la protéger. Sa promesse était rompue, elle lui en voudrait forcément et dans sa grande lâcheté, il ne voulait pas l'affronter. Pas maintenant.

Alors il pensait aller voir la seconde femme qui avait le chic pour le faire culpabiliser : Powell.
Il avait appris qu'elle était toujours ici elle aussi, après avoir reçu une balle dans l'abdomen. Il se souvenait parfaitement du coup de feu et du corps de Powell effondré sur le sol.
Le sang n'avait que trop coulé.

Ce matin là donc, Julian avait insisté gravement auprès de Caleb pour l'aider à enfiler au moins un t-shirt et un short. pas question d'aller voir Powell avec ces horribles chemises d’hôpitaux qui dévoilaient le verso en continue et le recto si on demeurait les jambes écartées.
Julian n'était pas de ceux qui croisaient les jambes en restant assis.
Après un soupir, Caleb avait accepté. Pour lui montrer sa gratitude, Julian n'avait pas bronché, même lorsque lever les bras lui avait fait un mal de chien. Il avait juste serré les dents.
Depuis ce jour funeste, il ne s'était pas rasé et le pansement sur son arcade lui donnait des allures de boxer fatigué.
Au moins la majorité de son visage avait dégonflé et Caleb lui avait gentiment attaché une bonne partie de ses cheveux pour éviter qu'ils ne viennent chatouiller son visage. Julian songeait de plus en plus à les faire couper. Comme d'habitude, la petite voix au fond de lui arguait d'un "plus tard" qui ne viendrait probablement jamais.

Caleb le fit rouler donc, à travers les couloirs. Ils prirent l'ascenseur et changèrent d'aile pour rejoindre le service où Powell était installée.
L'infirmier ouvrit lentement la porte puis se tourna vers Julian.

- Il semblerait qu'elle dorme, chuchota-t-il.
Julian leva les yeux au ciel.
- Faites moi entrer sinon je me lève et je le fais moi-même, ordonna-t-il presque agacé par cette bienveillance démesurée.

Le jeune homme pinça les lèvres et exécuta la requête. Julian se trouva donc dans la pièce où la semi-obscurité régnait.
Le corps de Powell se tourna vers lui tandis que son infirmier le rapprochait du lit avant de finalement s’éclipser, les laissant seuls.
Julian ne put s'empêcher de sourire aux propos de sa responsable. Même dans cet état, elle ne pouvait s'empêcher de faire des remarques désagréables.
Aujourd'hui cependant, il 'y avait ni verre d'eau, ni froide colère contenue. Il n'y avait que la présence de l'un comme de l'autre, deux pauvres âmes, victimes de la même injustice, du même affront bien conscientes que le souffle de la mort avait caressé leurs peaux.

- Et moi je vous ai connu sans trou dans le ventre
, se moqua-t-il en se frottant la barbe d'un mouvement lent pour épargner ses côtes répondant par la même occasion à sa remarque sur son apparence.
- La chemise d’hôpital avec les cheveux rasés c'est complètement has been, je tente un look hipster.

Il rit doucement, pour ne pas provoquer de quinte de toux qui mettrait à mal son thorax.
- Comment vous vous sentez ?
Bizarrement, toute moquerie avait disparue de son ton pour le lui demander.

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Mer 5 Déc - 14:21
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Ingrid Powell
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Une barbe assez impressionnante lui mangeait le visage. Cela le vieillissait. Ou peut-être était-ce les restes d'hématomes qui lui creusaient les traits ? Si son corps avait été malmené, sa répartie elle, était restée intacte. A mon tour, j'esquissais un faible sourire lorsqu'il fit allusion à ma propre blessure et je soufflais, à court d'arguments : • “Très juste...”
Il était assis et je dus relever légèrement la tête pour mieux le voir, constatant alors qu'il devait maintenant se déplacer en fauteuil. “Vous m'expliquerez ce...qu'est un hipster. Mais...à mon avis...vous devriez...abandonner l'idée.” fis-je en m'arrêtant cette fois sur son short de touriste et l'espèce de catogan qu'il arborait.

Je reposais ma nuque sur l'oreiller. J'étais touchée qu'il pense à venir me voir, je n'avais guère  eu de visite - même avant mon réveil- à en croire le personnel médical. La seule conversation que j'avais eu était pour discuter de mes constantes. A ce rythme-là, je pourrai même être en mesure de sortir avec un Master en médecine lorsqu'ils me libéreront.
• “La dernière fois que...nous avions évoqué le sujet, votre vaisselle a été...réduite en miettes.” Lentement, je montrais ma table de chevet de ma main perfusée.“Une chance que...je n'ais rien à vous offrir...” terminais-je, avec un second degré bien dosé. Je ne lui en voulais plus, toute animosité avait disparu. C'était à croire qu'il faille subir des événements comme celui que nous venions de vivre pour remettre les priorités à leur juste place. Ce n'était pas un mauvais, le Blake. Son problème, c'était juste ses nerfs. C'était d'ailleurs ce qui avait fait hésiter Laura Masrani lorsqu'il a fallu remplacer Brown. Je me rendis compte que je n'avais pas répondu à sa question, mais je pris tout de même le temps de la réflexion car je n'avais pas eu le loisir de procéder à une quelconque introspection. Les secondes s'étiraient, entrecoupées uniquement du signal sonore régulier provenant de la batterie de capteurs. Et finalement :
• “Comme...victorieuse d'une mêlée. Une mêlée...avec un T-rex.”
Je crois que de ma vie, je n'avais jamais été éprouvée à ce point et je savais par avant que la rémission de ce traumatisme serait longue et fastidieuse. Je m'étais vue mourir dans cette salle de réunion et il allait de soit que désormais, je verrai et vivrai les choses différemment.

J'inspirais et essayais de me redresser un peu. Je voulais mieux le voir, ce n'était pas dans mes habitudes de recevoir aussi mal. La tâche ne fut pas aisée et m'arracha quelques grimaces de douleur. Le visage blanc comme un linge, je m'y repris d'ailleurs en plusieurs fois. Comme quoi, nous étions peu de chose. Je l'observais mieux, enfin, autant qu'il m'était possible de le faire dans cette semi-obscurité. Je le détaillais, comme un scanner aurait pu le faire, cherchant par avance à savoir s'il allait me dissimuler les choses.

• “Et de...votre côté, Blake ?” m'enquis-je avec sincérité. J'esquissais l'ombre d'un sourire en ajoutant, pour faire référence au coup qu'il avait porté à Nicholls : “C'était une..jolie droite...”

Mon visage s'assombrit soudain. C'était la première fois que je faisais allusion à ce qu'il s'était passé et les images commençaient à défiler devant mes yeux, faisant quelque peu accélérer la fréquence des machines qui ne mentaient jamais. L'horreur indicible, inconcevable. Je détournais la tête, cachant mon émotion.

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Jeu 6 Déc - 13:30
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Julian Blake
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Au moins la plaisanterie de Julian avait réussi à la faire sourire. Installé dans son fauteuil, il observait Powell, un air légèrement inquiet imprimé sur les traits. Ainsi alitée, elle n'avait plus rien à voir avec la personne droite comme la justice qu'elle était, semblant être taillée dans le granit. Au contraire, elle lui apparaissait faible et vulnérable, comme ses femmes battues que seule la dignité tient en vie.
Il était venu en partie pour cela, il s'inquiétait, lui qui avait juré de ne plus s'attacher à personne. Force était de constater qu'il avait construit un lien avec certaines personnes et qu'un fil presque cristallisé s'était formé entre les diverses personnes qui avaient partagé ce traumatisme, cet enfer.

Encore une fois, Powell avait su garder son calme et ses nerfs d'acier, quand son impulsivité à lui avait manqué de le tuer, encore.
Il avait honte de son comportement. Honte d'avoir sa place dans la sécurité.
Mais il ne parlât pas, et se contenta de sourire, amusé, alors qu'à son tour Powell plaisantait.
Plaisantait-elle réellement ? Il n'en était pas persuadé. Mais sa remarque sur son look moche était criant de vérité. Il ne ressemblait plus à rien. Tellement obnubilé par sa rééducation et par sa remise en forme qu'il en oubliait de rester présentable. Dans son infirmier, il serait très certainement encore dans les mêmes fringues puantes depuis des jours.

Powell aussi semblait pensive et comme une réminiscence compliquée, elle raconta non sans humour, leur dernière engueulade. De nouveau il sourit en songeant qu'il lui serait difficile d'éclater une poche de perfusion sur le mur, même en y mettant toute sa colère. Ces choses là étaient faites pour supporter bien plus de pression. Il rit cependant, lorsqu'elle montra sa table de chevet vide, et la douleur dans ses côtes lui arracha une grimace.

- ça peut s'arranger, ironisa-t-il.

C'est alors qu'elle répondit enfin à sa question du début. A savoir, comment elle se sentait. L'image de la mêlée avec le T-rex n'était pas dénuée de sens, lui aussi se sentait pétris sous un poids impossible à repousser.
Le corps comme l'esprit étaient encore cassé. Il faudrait du temps, à n'en pas douter. Bien que du temps, Julian eut l'impression de manquer. Depuis son réveil et malgré ses efforts pour se remettre du traumatisme, il se posait sérieusement les questions concernant son avenir sur l'île. Dès le début, il avait décidé que lorsque le parc serait ré-ouvert, il partirait. Mais les événements de cette année le pressaient à prendre cette décision plus rapidement. Il n'était plus sûr d'avoir sa place sur Isla Nublar. Il n'était plus certain de rien pour être tout à fait honnête.

Offrant un sourire orné d'une compassion non feinte, ce fut son tour de répondre à la question posée. Comment lui se sentait ? Elle le félicita de la droite qu'il avait donné à Nicholls et il ne put réprimer un nouveau sourire crâne avant d'hausser les épaules et de s'enthousiasmer :

- Il parait que celle de Ayoun était encore plus impressionnante.


On lui avait raconté, comme la jeune vétérinaire s'en était prise au géant. Comment elle l'avait gratifié d'un coup de poing qui lui avait surement foulé quelques phalanges. Julian avait manqué ça et il le regrettait. Après cet éclat qui avait eu pour mérite de le dérider un peu, tout comme elle, Julian se renfrogna doucement. Évoquer cet échec avec sa responsable n'était pas chose aisé et il voyait bien que ce sujet la minait.

- Je suis désolé, finit-il par lâcher d'un ton grave, le regard figé sur ses propres genoux. De n'avoir pas été à la hauteur. Désolé pour cette balle non méritée. J'aurai dû tirer avant, j'aurais du..faire quelque chose, que sais-je, n'importe quoi ?


A mesure que ses mots franchissaient la barrière de ses lèvres d'un voix de plus en plus coupable et profonde, de plus en plus chargée de colère, son regard s'était relevé vers le sien, sincère.

- Ils nous connaissaient..finit-il par dire tout bas.
A la fois un fait et une excuse. Et la honte se renforça de s'être laissé abusé, de n'avoir pas été en mesure de contrer ce danger ou du moins, de jouer sur le même terrain. Il aurait dû tuer Bob lorsqu'il en avait eu l'opportunité. Au moins, aujourd'hui aurait-il un peut de satisfaction. Vraiment ?
Non, il n'était qu'un lâche incapable de tuer ou même de blesser de sang froid. Julian avait besoin d'impulsion, de provocation. Il ne faisait que répondre sans pour autant, avoir la bonne réponse à donner.

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Ven 7 Déc - 20:26
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Ingrid Powell
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• “Peut-être...” avais-je soufflé à la remarque de Blake concernant Ayoun. Contrairement à lui, j'étais encore éveillée lorsque cette petite revanche avait eu lieu mais je n'avais pas été en mesure de m'en rendre compte, ou de m'en amuser, car j'étais déjà au sol, à lutter contre la douleur.
Les secours avaient mis du temps à accourir et sur ceux dont j'aurai pu disposer sur place, seul Nicholls avait daigné me venir en aide. Je laissais le silence s'installer et écoutais distraitement les machines suivre leur fade et lente procession. Cela donnait matière à réfléchir. Nous étions si peu de chose, peu importe le grade que l'on occupait et ce que l'on accomplissait au quotidien : Le résultat serait toujours le même pour chacun d'entre nous.

Repenser à cette effroyable soirée faisait resurgir des souvenirs, des sensations que j'étais loin d'assimiler et de maîtriser. On s'en était pris à moi, à ma famille, à mes proches. Je ne pouvais l'accepter et ignorer ce cuisant sentiment de culpabilité qui était en train de rompre mes dernières barricades. J'avais détourné la tête par pudeur pour tenter de retenir cet émoi que je sentais monter en moi. Je pinçais les lèvres et fermais les yeux et finalement, ce fut la voix de Blake qui me détourna de ces affres insidieux.
Il n'osait plus croiser mon regard et ses paroles étaient lourdes de sens. La honte suintait de ses mots comme un mal depuis trop longtemps refoulé. Il avait changé. Nous avions tous changé. Ce traumatisme avait affecté les âmes de chacun car jamais je n'aurais pu m'attendre à recevoir un jour des excuses de Julian Blake.

Sa culpabilité semblait être égale à la mienne. Tel qu'il était là, assit et courbé sur son fauteuil, il paraissait attendre ma pénitence, ou mes habituelles critiques. Je n'avais pourtant aucune animosité envers lui, aucun reproche à lui faire. C'était bien la première fois d'ailleurs. Je ne lui en voulais pas...ce n'était pas sa faute, ni celle de personne si ce n'est la mienne pour avoir dissimulé des informations par négligence. Je laissais le silence perdurer sans rien dire et il se poursuivit bien après qu'il eut terminé. Je continuais de le détailler et finalement :

• “Approchez.” lui intimais-je faiblement.
Devoir porter la voix était éreintant, et je n'aurais sans toute pas le courage de tenir cette conversation bien longtemps à ce rythme-là. Puisqu'il se confiait à moi, chose qui n'était jamais arrivée, je songeais qu'il était peut-être nécessaire que de mon côté, je fasse fondre certaines barrières que j'avais toujours tant tenu à maintenir. Aujourd'hui, je lui permettais cela, comme un accord tacite entre nous. Rien n’encombrait l'espace pour qu'il puisse se mouvoir avec sa chaise roulante car j'avais le luxe de disposer d'une surface aussi large et vide que ma solitude. J’observais toujours son visage tuméfié, et lui dit avec une douceur que je ne me connaissais pas :

• “Ecoutez...vous ne me devez rien. Les excuses...vous avez fait ce qu'il fallait, Blake. Je n'aurai pu travailler avec un meurtrier dans mon équipe et vous le direz à mon successeur.” je fis une pause pour reprendre mon souffle et défit ce regard stucateur pour fixer les plis de mes draps, comme si j'y trouvais un intérêt soudain. Je sentis mes doigts se refermer inconsciemment sur le tissus blanc. “Votre amertume ne vous sera d'aucun secours.Les choses ne se déferont pas pour autant.”

Comme le disait l'adage, avec des "si" nous serions en mesure de refaire le monde et assurément, il serait infiniment plus beau. J'avais moi aussi un aveu à lui faire, mais cela me coûtait de l'admettre. Parce que je m'apprêtais à étaler mon échec au grand jour et aussi parce qu'après l'avoir fait, il me tiendrait pour responsable de cet incident.

• “Ils nous connaissaient, parce que je leur en ai laissé le temps.” commençais en fuyant son regard. “J'ai reçu la première lettre il y a des mois de ça.” Par ma désinvolture, ils avaient pu agir : bien, dans le détail et sur le long terme. Avec une réaction appropriée de ma part, leurs agissements auraient pu être avortés dans l’œuf et rien de tout ceci ne serait sans doute arrivé...

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Mar 11 Déc - 0:48
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Julian Blake
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Qu'attendait-il d'elle après tout ? Pourquoi les excuses, pourquoi assumer cette faiblesse qu'il se connaissait ? Voulait-il qu'elle le sanctionne, qu'elle approuve son manquement ? Assis, le regard rivé sur ses genoux, installé dans cette ridicule chaise roulante, Julian patientait, lui qui habituellement ne supportait pas d'attendre, lui qui devait toujours être en mouvement.
Le dos courbé, la nuque offerte à ce couperet qu'elle pouvait tout à fait lui expédier, il voulait qu'elle le juge, qu'elle pointe du doigt son erreur, qu'elle lui dise ouvertement qu'il n'était pas à la hauteur, il avait besoin de l'entendre car malgré ses convictions du moment, une toute petite part de lui persistait à lui souffler qu'il était fait pour ça, qu'il n'avait de toute façon rien d'autre.

Cette attente insupportable afin qu'elle le brise et qu'il se décide enfin à rentrer à Londres, qu'on le pousse vers la sortie, voilà ce qu'il attendait d'elle. Qui d'autre aurait pu s'en charger ?
La voix de Powell le tira de ses sombres pensées et comme elle lui intima d'approcher d'une voix faible, il s’exécuta. Ses mains vinrent saisir les larges roues du fauteuil, et il le fit avancer en grimaçant. Sans aller jusqu'à être douloureux, il sentait la tension dans ses côtes, la gêne dans le mouvement de ses bras. Heureusement, il n'avait qu'un mètre à franchir, presque rien.
Une fois en place, il releva son regard vers elle et fut surpris de s'apercevoir qu'elle aussi le regardait. D'une voix, rendue douce par la souffrance ou bien par la compassion, elle lui indiqua qu'il ne lui devait rien. Son coeur se serra lorsqu'elle évoqua être incapable de travailler avec un meurtrier. Pouvait-on parler de meurtrier lorsque tout un groupe était en danger ?
Il ne savait plus, son esprit était encore trop embrouillé par les souvenirs et la douleur, seul persistait ce sentiment cruel d'échec et cette frustration de n'avoir pu sauver personne, pas même celle pour qui il avait tout risqué. Laura avait perdu un doigt et certainement bien plus, il n'avait toujours pas été la voir, il n'osait même pas la contacter tant la honte le submergeait. Quel piètre agent d'intervention il faisait, quel piètre entraîneur incapable de protéger ce qui devait l'être...

Pourtant, il fronça les sourcils aux propos de Powell, de quel successeur parlait-elle ? Volontairement, elle avait détourné le regard, par pudeur certainement à moins que ce ne soit par détresse.
Il voulait lui demander des explications, la forcer à aller au bout de ses pensées, mais il remarqua alors, les doigts crispés sur le drap blanc et se ravisa.
Pour elle aussi, c'était dur.
Comme elle le disait, l'amertume ne lui serait d'aucun secours, sauf que lui, Julian Blake, ne souhaitait pas être secouru.

Powell décida alors de lui avouer sa faute, cette lettre, reçue il y avait plusieurs mois et qu'elle avait volontairement ignorée, comme Laura, comme tous ceux qui avaient reçu ces menaces.
Julian partit dans un rire nerveux et il sentit ses phalanges lui faire mal. Sans qu'il ne s'en rende compte, il avait agrippé trop fort le montant métallique des roues. Sa mâchoire se contracta entre deux éclats.

- En effet vous n'avez rien dit. Masrani non plus alors que je la vois presque tous les jours. A aucun moment elle n'a tenu bon de m'avertir. Comme elle, vous avez cru à une menace quelconque comme Jurassic World en reçoit des dizaines par semaines. Alors quoi Powell ? Que voulez vous que je vous dise ? Que vous auriez dû m'en parler ? Et au nom de quoi ? Je ne suis pas votre supérieur mais je pensais que vous aviez suffisamment confiance en moi pour espérer un avis de ma part. Ceci étant...comment définir le niveau de menace d'un courrier anonyme ?


A ses yeux, c'était impossible. Powell aurait certainement manqué de données, même si elle s'était inquiété plus tôt des lettres. Le parc possédait trop de détracteurs pour accorder plus de crédit à l'un ou à l'autre. Il reprit son souffle et avec lui, réprimât un début de quinte de toux qui lui sciait les côtes.

- Ils ne nous connaissaient pas parce que vous n'avez rien dit, soupira-t-il. En réalité, je pense même qu'ils nous connaissaient bien avant ça. Sinon, pourquoi avoir envoyé ces lettres à certains et pas à d'autres ? Ces envois étaient ciblés. Alors maintenant, il faut comprendre comment ils s'y sont pris. Taupe dans le service ? Ou bien hackage du système donnant accès à tous nos dossiers ? Vous êtes la responsable de la sécurité, vous avez encore du boulot. L'enquête est ouverte et je ne serais peut-être plus là pour vous aider à la mener à bien.






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Mer 12 Déc - 14:17
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Comme je le lui avais demandé, il s'était approché en faisant grincer les roues de sa chaise sur ce carrelage trop blanc et trop lisse. J'étais étonnée de constater que même dans cette triste allure, j'étais encore en mesure de lui prodiguer des ordres, aussi simples soient-ils. Et pourtant, aujourd'hui il était libre de refuser car après ce qu'il s'était passé, je ne m'estimais plus légitime pour quoique ce soit.

Au pardon que je lui donnais sans réserve, il ne répondit rien. Cette épreuve avait brisé nos tempéraments habituellement si impétueux et rudes c'était certain, mais qui pouvait en donner les séquelles précises ? Car le Blake que je connaissais n'aurait pas manqué cette occasion de fanfaronner sur le compliment que je venait de lui faire et sans aucun doute, cette éloge aurait résonné dans les vestiaires de l'Area 6 pendant de longues semaines jusqu'à m'en rabattre les oreilles tout à fait. Pourtant, ce n'était pas un compliment gratuit, je ne faisais jamais rien de gratuit. Je le pensais vraiment : mon subalterne avait fait ce qu'il fallait, et défendu ce qui devait l'être au prix de sa propre personne. Il avait cherché à défendre la jeune Masrani, ce qui faisait partie intégrante de la mission que je lui avais donné il y a de ça quelques mois.  Les forces avaient simplement été inégalement réparties, pour notre défaveur.

Je pinçais les lèvres, en réalisant qu'il n'en avait pas été de même pour moi. J'avais eu l'occasion de tirer pour protéger et au lieu de ça, j'ai tiré pour intimider Nicholls. C'était aussi inutile que puéril, je m'en rendais bien compte. Une fois de plus, je n'avais su gérer mes sentiments et j'avais fais les frais de mon impulsivité. Les souvenirs me revenaient par brides, comme des anciennes images qu'on aurait dérangé et sur lesquelles il m'était impossible de mettre du sens. Sans doute était-ce la conséquence de mon sommeil artificiellement prolongé, je ne m'en inquiétais guère. Cela avait au moins le mérite d'alléger ma peine, pour quelques instants encore.

Lorsque j'avais fait mention des lettres, Blake eut une réaction qui m'étonna légèrement : il se mit à rire doucement, dans la limite que son état lui imposait. Cet homme serait toujours un mystère pour moi, mais il avait au moins le mérite de me surprendre même dans des situations pareilles. Mais devant des faits si sérieux, comment devais-je interpréter ceci ? Le rire devant cet aveu qui s'était révélé si lourd de conséquences...peut-être que c'était sa façon à lui de m'indiquer qu'il ne m'en tenait pas rigueur ? Pourtant, sa réplique était un savant mélange entre compréhension et déception de l'avoir écarté des faits.

• “Ce n'est pas ce que je vous demande, et vous savez bien que j'ai horreur de vous rendre des comptes.” fis-je dans une piètre tentative de légèreté. “Si je ne l'ai pas mentionné, c'est que je n'ai pas jugé bon de prendre ces ramassis de bêtises au sérieux. Masrani ne l'a pas fait, Dearing ne l'a pas fait, personne ne l'aurait fait. Ni plus ni moins qu'un torchon grossier, même Marry se serait montrée plus habile à son âge.”
comparais-je avec une pointe de fierté, bien que ce ne soit pas dans des aptitudes pareilles que je voulais la voir exceller. Puisque je la mentionnais, je sentis un poids tomber dans ma poitrine déjà malmenée...Marry....les choses se remettaient peu à peu en ordre et je reliais les éléments cognitifs. J'avais l'impression de perdre le peu de couleurs qu'il me restait, comme si toute chaleur abandonnait mon corps et que ce dernier s'enfonçait un peu plus dans les oreillers. Pourtant, je n'osais poser la question qui me brûler les lèvres. Pourquoi ? Par peur de la réponse ? Ou par crainte du jugement ? Je n'avais en effet jamais parlé ouvertement d'elle à Blake et je n'étais pas assez forte pour soutenir son avis aujourd'hui. Alors, je m'efforçais de taire mon inquiétude et d'effacer cet air mortifié qui s'étalait sur mes traits pour me replonger dans la conversation plus terre à terre qu'il me proposait.

• “ Pas de hackage non...bien trop maladroits pour cela. Dans ce cas, il aurait été facile pour eux de voler cette suite de codes de cette façon plutôt que de...enfin...d'en venir à cet extrême. S'ils en avaient eu les moyens, ils auraient agi plus vite et n'auraient pas perdu de temps à savoir quelle chambre vous a été allouée, ce que je prends au déjeuner et comment Booker occupe ses soirées. Ils n'auraient rencontré aucune difficulté, si ce n'est pour les empreintes digitales.” Je pris quelques instants de pause après cette longue tirade, autant pour réfléchir que pour profiter de précieuses secondes de repos. Je regardais la pièce sans vraiment la voir, ailleurs.  “Une taupe. Ce ne sera pas aisé à prouver si c'est le cas, avec tous ces nouveaux recrutements intempestifs pour élargir nos rangs... tant de visages et de profils potentiellement compatibles...”

J'inclinais la tête dans sa direction et l'observais encore sans rien dire, avec sa barbe trop épaisse et son short qui dénotait avec le reste.

• “Responsable, je l'ai été c'est vrai, mais peut-être que cela ne sera plus le cas demain. Et je l'accepterais. Toutefois, si Mademoiselle Masrani estime que vous et moi, avons encore notre place sur l'île...alors je partagerais volontiers cette nouvelle enquête avec vous, Blake. ”  proposais-je subtilement en posant la tête sur le coussin dans ma nuque.

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Jeu 17 Jan - 1:15
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Julian Blake
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Julian finit par croiser les bras sur sa poitrine. Il soupira discrètement tandis que ses côtes se rappelaient à son bon souvenir mais au moins, ses doigts ne pourraient plus se crisper sur le montant métallique du fauteuil. La semi-obscurité masquait une grande partie de ses traits mais laissait deviner les zones d'ombres encore foncées par les hématomes des coups portés. A son sourcil gauche qui plus est, un pansement blanc tranchait avec le reste bien qu'il ne mesurait pas plus d'un pouce. Il masquait les quelques points de sa fracture ainsi que la bande de poils tondus pour ne pas interférer dans le processus de cicatrisation.
Elle revenait sans cesse sur les lettres que personne n'avait mentionnée, comme si le répéter pouvait changer le cours des événements passés. Non, elle répondait simplement à ses propos désabusés concernant la confiance qu'elle lui accordait, précisant au passage que la lettre dans sa forme ne se composait de rien susceptible d'alerter la vigilance. Alors elle mentionna sa fille et Julian haussa son sourcil entier. C'était la première fois qu'elle lui parlait d'elle.
Il ne releva pas, ne sachant pas quoi répondre. Après tout, il ne connaissait pas la jeune Mary et préférait ne pas la connaitre. Avec une mère comme Powell, même adoptive, la jeune fille aurait intérêt à être vigilante sur ses fréquentations. Julian n'était pas vraiment le garçon que l'on voulait voir sa fille côtoyer. Il ne savait pas grand chose d'elle, pas grand chose sur leur quotidien à toutes es deux, en dehors des quelques rumeurs qui circulaient. Mais comme pour toutes les rumeurs, Julian n'y accordait que peu de crédit.

Il n'eut pas le temps d'y réfléchir plus, déjà Powell reprenait la parole, plus blême à présent et lui donna sa vision des faits. Il se concentra dessus, tentant de recouper les propos de sa responsable avec ses propres idées. Tout comme lui, elle pensait que la présence d'une taupe était plus que probable. Sinon comment le groupe aurait-il fait pour éviter les radars et les contrôles ? Comment aurait-ils su le lieux exact de la réunion et sa position sur l'île ?
Il leur fallait une personne sur place, une personne dans la sécurité. Peut-être plusieurs même. Alors qui était le traître ? Nicholls ? Non, il n'arrivait pas à se l'imaginer. Ce n'était qu'un opportuniste qui avait choisi de retourner sa veste à un moment donné. A ce souvenir, sa mâchoire sembla se bloquer et il frotta sa barbe le long de l'os.

Powell se tue et comme elle le regardait, il lui rendit son regard. Elle paraissait si faible ainsi allongée dans ce lit d’hôpital...Tellement fébrile. Il avait du mal à reconnaître la femme pugnace et opiniâtre qu'il côtoyait au quotidien.
Lorsqu'elle reprit a parole, ce fut pour lui dire qu'elle ne serait peut-être plus responsable à leur retour sur l'île. Alors elle évoqua Laura Masrani et il se sentit faiblir à son tour. Un frisson lui parcourut l'échine. Il lui semblait si évident que Laura ne voudrait plus de lui dans la sécurité. Après ce qu'il s'était produit, après son échec cuisant qui lui avait coûté une part d'elle-même, comment pourrait-il seulement reprendre ses fonctions ? Comment pourrait-elle lui accorder ça ?
Avalant sa salive il planta son regard dans celui de Powell.

- Je ne suis pas certain d'y retourner, lâcha-t-il alors. C'est comme si...je ne me sens plus le droit d'être là-bas.

Un aveu si difficile à faire, qu'il baissa le regard sur ses genoux, préférant ne pas voir l'expression qu'elle afficherait car il savait qu'elle le jugerait, encore. Elle n'était bonne qu'à ça de toute manière, à lui mettre le nez dans la merde pour mieux le laisser au pied du mur.
Comme cette fois où elle était venu chez lui pour le secouer après la mort de Brown. Mais peut-être que ce même jour, elle avait également cherché un soutien et qu'il l'avait ignoré. Volontairement ou non, il découvrait aujourd'hui une faille dans la muraille de Powell et en contrepartie, exposait une des siennes en connaissance de cause.

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Les monstres et les fantômes existent.
Ils vivent à l'intérieur de nous et parfois... ils gagnent
Sam 19 Jan - 22:41
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Ingrid Powell
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• Une dizaine de jours après la prise d'otages •
As night seems long in the pain which wakes up
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La théorie de la taupe me semblait justifiée. En effet, il fallait avoir agit de l'intérieur pour contourner l'ensemble des systèmes mis en place sur l'île aussi aisément. Je n'avais d'autre part, pas d'autre proposition à faire et j'étais bien trop fatiguée pour m'y atteler aujourd'hui. De même que pour l'identité de cet agent double, cela représentait assurément des dizaines de dizaines de profils à étudier et je ne m'en sentais ni le courage ni la force. En revanche, je vis que les conjonctures faisaient leur chemin dans l'esprit de Blake. C'était une bonne chose car cela signifiait que lorsque nous serions de retour sur l'île -si on m'y autorisait- nous pourrions immédiatement nous atteler à la tâche, comme le binôme que nous étions avant ces sombres événements. Et avant notre dispute.
Je ne lui avouerai jamais, mais j'étais heureuse de le trouver à mon chevet. Bien que durement éprouvée, sa compagnie me permettait de me raccrocher à ce que j'avais quitté bien malgré moi et ces attaches me rassuraient.  

Je l'observais dans le silence que j'avais crée. Quelque chose n'allait pas, je pouvais sentir comme un certain malaise. Il leva les yeux jusqu'à moi et ne cilla pas pour m'annoncer que ses chances de rentrer étaient minces. Qu'il ne le souhaitait pas. “Blake, je...” commençais-je dans un murmure pour tenter de le défaire de cette idée. Mais il baissa la tête, déterminé à ne pas endurer ma réaction quelle qu'elle soit.

Quelques tintements du moniteur pour habiller ce nouveau mutisme.

Je n'avais pas été préparée à cela. Je ne pouvais pas même l'envisager. Il est vrai que nos relations n'ont pas toujours été au beau fixe entre Blake et moi, personne ne saurait le nier. Mais je ne pouvais concevoir sa démission. Sa désertion. Il était mon bras-droit, pour le meilleur et pour le pire, et je ne pouvais me résoudre à en imaginer un autre à sa place. Bien-sûr, je ne pouvais lui avouer cela non plus, ou peut-être que...?
Je détachais finalement les yeux de sa silhouette prostrée, et remontais légèrement les couvertures sur moi. Était-ce le froid de la solitude qui menaçait de m'étreindre à nouveau ? Ou le poids de la pierre qui venait de dégringoler dans ma poitrine jusqu'à mes côtes déjà meurtries ?
Saisie, je fixais les petits cercles de lumière sur mes draps, résultat des rayons du soleil qui peinaient à filtrer au-travers des volets clos. Puis au bout d'un moment, je demandais :

• “Votre décision est-elle...définitive ou ais-je encore une chance de vous convaincre de rester ?”
J'avais les lèvres sèches et la grimace qui s'était figée sur mon visage n'avait rien à voir avec la douleur qui menaçait de nouveau. Cet homme était-il vraiment prêt à tout laisser derrière lui une seconde fois ? Par regret, par colère ou par...honte ? Je me remémorais notre entrevue dans ses appartements et force était de constater que sa réaction était la même : la fuite. Mais cette fois je comprenais cela. C'était un sentiment que j'aurais sans doute partagé si je n'avais pas quelqu'un pour me retenir et me faire rentrer. Et puis, il faut bien avouer que toutes les critiques qui m'avaient été adressées ce jour-là avaient fait leur chemin et je ne commettrais pas l'erreur de vouloir faire réagir Blake à tout prix aujourd'hui. Je ne m'en sentais pas capable, qui plus est.

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Mer 6 Fév - 1:59
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Julian Blake
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Ses genoux lui semblèrent tremblotant à moins que ce ne fut sa vision qui vacillait. Dans sa poitrine, il sentait son cœur cogner dur derrière ses côtes, trahissant l'appréhension concernant la réponse de Powell. Celle-ci ne tardât pas et lui ne s'attendait pas à ce qu'elle reste quasiment muette. Stupéfaction ou déception ? Il l'ignorait totalement, persistant à ne pas croire son regard. Visage baissé, il attendait l'engueulade, la colère peut-être, voire même le dédain.
Mais rien ne vint, en dehors du bip bip trainant du monitoring auquel Powel était reliée.

Il la sentit et l'entendit bouger mais se fit violence pour ne pas l'observer, même à la dérobée. C'était trop dur, trop dur d'être confronté à son regard qui le jugerait sans aucun doute.
Faible, lâche ? Quel mot choisirait-elle ?
Il tressaillit doucement en l'imaginant. Allait-elle hurler comme chez lui ? Lui lancer des propos pour le forcer à s'énerver ?
Rien de tout cela en réalité.
D'une voix relativement calme, basse, comme si elle contenait la douleur diffuse de sa blessure, elle lui demanda si elle pouvait encore le convaincre de rester.
Il fronça les sourcils et osa enfin relever son visage dans sa direction. Leurs regards se croisèrent et il n'y lut aucun jugement. Rien, seulement les traits fatigués d'une femme éprouvée et triste.
Est-ce que cela ne concernait que lui finalement ? Powell possédait ses propres démons, mais il ne la connaissait pas suffisamment pour savoir de quoi il s'agissait.
Malgré leurs missions et leur étrange binôme, ils ne se connaissaient pas dans le fond.

- Je...je l'ignore, avoua-t-il d'une voix traînante, sans réelle conviction avant de reprendre taquinVous ne me semblez pas en état d'essayer de toute façon.

Il lui sourit gentiment malgré les propos qu'il tenait puis haussa les épaules.

Plus rien ne m'attend là-bas. Et je crois que vous serez d'accord pour convenir que, cet échec aurait pu coûter la vie à bien des personnes. Mon entêtement et...mon impulsivité ont finalement desservis celle que j'étais sensé protéger et tout le groupe.

Impossible de prononcer son nom. Impossible de faire à nouveau face à cet échec.
Pas maintenant qu'il se sentait au bord du gouffre, à ne pas savoir quoi faire. Pas maintenant qu'il n'avait pas retrouvé tous les usages de son corps et qu'on le maintiendrait encore sous surveillance un bon mois au sujet de sa rate.
Il soupira et demanda avec un intérêt réel :

- Vous sortez dans combien de temps ? Et qu'est-ce que vous allez faire ?

Elle aussi devait se sentir coupable, encore plus depuis qu'elle avait accepté ses nouvelles responsabilités.
Il s'était toujours plus ou moins considéré comme son bras droit, même si cela n'avait rien d'officiel. Mais aujourd'hui, ce bras droit était brisé, il ne pourrait ni la soutenir, ni l'aider à reprendre pied dans cette mer d'interrogations qui les hanterait trop longtemps. Composée de "et si" et de "pourquoi", les flots secoués par la tempête ne trouveraient jamais le repos, il en était persuadé.
On pouvait leur donner toutes les thérapies du monde, les meilleurs docteurs, rien n'y ferait. Resterait toujours cette petite voix dans leur tête prête à souffler sur les braises de cet échec et de tous les autres.

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Jeu 7 Fév - 11:01
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